Actualités

Actualités > Santé

Quels sont les inconvénients du BARF ?

Les inconvénients du BARF (A la découverte du BARF, 3ème épisode)

Dans notre Episode 2 nous dressions un portrait idyllique du BARF qui génère de nombreux bienfaits pour nos animaux. Ce régime alimentaire n’aurait-il donc que des vertus ? Ou aussi de nombreux inconvénients ?

Pour l’animal, à notre avis, oui, le BARF n’a que des vertus. C’est ce qu’on peut lui offrir de mieux. Voilà, c’est dit.

C’est au niveau du maître que se situent les principaux inconvénients du BARF, pour plusieurs raisons :

 

1. le BARF est salissant

Il faut bien admettre que dans un appartement par exemple, l’animal va consommer sa gamelle à même le carrelage, en commençant généralement par poser par terre les morceaux les plus volumineux. Sans doute faudra-t-il donc repasser derrière lui pour nettoyer le sol après chaque repas. Il faudra par ailleurs l’éduquer à manger sur place, car il aura aussi tendance à vouloir emmener les meilleurs morceaux ailleurs dans l’appartement pour les savourer dans un endroit tranquille. La cuisse de poulet mâchouillée patiemment sous le lit ou sur le tapis du salon, on n’est pas forcément d’accord.

Certains maîtres habituent leur animal à manger sur une bâche ou une toile cirée pour limiter les dégâts. Il faudra alors nettoyer systématiquement ce « set de table géant » après chaque repas, et bien le faire sécher… pas toujours pratique.

En maison, de nombreux BARFeurs font manger leur animal dehors, sur la terrasse ou dans le jardin. Si le chien a son propre chenil, cela peut aussi être une solution, toujours à condition de pouvoir régulièrement bien laver le sol (nettoyeur à haute pression).

En liberté dans le jardin, il est par contre possible que l’animal prenne l’habitude de faire quelques réserves… Et donc d’enterrer ici ou là quelques morceaux, qu’il retournera ou non déterrer un peu plus tard. C’est un comportement instinctif parfaitement naturel… Mais « effet charogne » garanti quand il viendra triomphalement vous poser sur les genoux la carcasse charnue de poulet, nettement faisandée et pleine de terre, enterrée 8 jours plus tôt. C’est du vécu, maintes fois. Et c’est le premier d’une série d’inconvénients.

 

2. Les approvisionnements sont parfois difficiles

Le BARF suppose une alimentation assez variée et donc une « rotation » des différents ingrédients. Les fruits et légumes poussent dans les jardins, se trouvent pour pas cher sur les marchés et même en grande surface au rayon « 1€/kg ».

Pour les viandes par contre, c’est souvent plus compliqué : il faut pourvoir s’approvisionner en poulet, dinde, canard, boeuf, lapin, etc. Il faudra donc identifier des sources d’approvisionnement fiables et suffisantes pour les différents morceaux.

 

Le prix, un problème

L’hypermarché offre le choix le plus large, mais se posera souvent la question du prix. Difficile d’y trouver de la viande fraîche à moins de 2,50€/kg. Les caissettes de cuisses de poulet à 2,10€/kg feront l’affaire, mais les tarifs peuvent être irréguliers pendant l’année, et pour bénéficier de prix intéressants il faudra souvent acheter un volume assez important… Ce qui posera alors la question des inconvénients de conservation, sur laquelle nous allons revenir.

Il faut garder à l’esprit que si un chien consommant des croquettes a besoin d’environ 10 grammes d’aliment par jour par kg de poids, au BARF la dose nécessaire sera de 30 grammes par jour par kg environ… Donc 3 fois plus. Un chien dont la ration de croquettes serait de 300g/jour, mangera 900g/jour au BARF, dont environ 65% de viande osseuse entière. Un gros chien comme le Rottweiler, le Beauceron ou le Bouvier Bernois, pourra nécessiter des gamelles de 1,5 à 1,8kg chaque jour… dont un bon kilo de viande ! C’est de loin l’ingrédient le plus cher dans la gamelle.

 

Il y a bien sûr des « combines »

Le boucher de quartier qui vous fait des colis de viandes diverses arrivées près de la péremption… Mais si un autre client a la même idée que vous, il risque de ne pas y en avoir assez pour tout le monde. Et puis le boucher fait tout pour minimiser la quantité de viande à péremption. Un jour il vous en proposera 7 kg. La fois suivante il n’aura rien parce qu’il aura mieux calculé son stock.

Le marché local avec son volailler qui fait le carton de 20 kg d’ailes de poulet à 1,90€/kg peut être plus intéressant. Mais très souvent le marché n’a lieu qu’une ou deux fois par semaine. Il faudra donc penser à réserver ses produits à l’avance et être disponible le jour J pour aller les chercher.

On peut trouver son bonheur auprès d’un abattoir pas trop loin qui accepte de vendre aux particuliers. Beaucoup ne l’acceptent pas et il faudra donc fouiller un peu et consentir à faire des kilomètres. Et là encore, mieux vaudra acheter des quantités significatives si l’on veut obtenir un tarif intéressant.

 

La livraison, un autre inconvénient

Il y a la solution de la livraison à domicile. Il existe quelques sociétés qui livrent de la viande congelée destinée aux animaux. Les prix sont assez variables, allant du raisonnable au franchement cher, et la plupart du temps les coûts de livraison renchérissent considérablement le prix au kg des produits. On peut bien sûr être livré « franco de port » (encore qu’on a évidemment quelque part payé des frais de port compris dans le prix du produit) mais il faudra commander des quantités importantes, et donc avoir une bonne solution de conservation.

De plys, les viandes étant livrées par camion frigorifique, il faudra absolument être à la maison le jour convenu : difficile de dire au livreur de laisser les 150kg de viande congelée chez le voisin, et impossible d’attendre un avis de passage et lui demander de revenir le lendemain. D’autant que dans bien des sociétés, pour faciliter l’organisation des tournées on impose le jour de livraison dans votre secteur : « on sera chez vous jeudi », sans discussion possible. Tout cela s’ajoute à la liste des inconvénients.

 

3. c’est contraignant à stocker

Nous l’avons vu, à moins d’aller tous les 3 jours à l’hypermarché local faire les courses pour le chien et de payer les ingrédients relativement cher, il faut trouver des approvisionnements « en gros ». Et donc, congeler les viandes. Sans la place nécessaire, cela devient vite un des inconvénients majeurs.

Là encore, le gabarit du chien joue un rôle important : pour un Westie de 10kg, un mois de viande va représenter 6kg. Pas trop de souci dans le congélateur familial. Pour un Labrador de 38kg, environ 23kg de viande pour 30 jours. Cela commence à faire beaucoup, c’est l’équivalent de 15 poulets entiers. Pour un molosse de 50kg, compter 30kg de viande. A ce stade, il n’est souvent plus possible de se contenter du congélateur familial, d’autant qu’il faudra aussi penser à du poisson et des abats. Il faudra donc investir dans un congélateur de grande taille, qui vous permettra de saisir certaines opportunités : quand votre boucher vous annoncera qu’il va avoir dans quelques jours environ 50kg de viande pas cher, vous pourrez plus facilement en profiter.

Un congélateur d’occasion peut se trouver pour 50 à 100€… Mais il s’agira souvent d’appareils assez anciens ayant une forte consommation d’électricité… et il ne s’agit pas non plus qu’il tombe en panne avec 150kg de viande à l’intérieur. Un congélateur neuf sera préférable pour la fiabilité et la basse consommation, comptez alors 250 à 500€ pour un congélateur « coffre » de bonne contenance et une classe énergétique « A+ ». En famille, c’est une conversation cocasse : « tu vas acheter QUOI pour le chien ??? » Restera bien sûr, à trouver une place pour ce grand congélateur, dans le garage entre l’établi, la tondeuse et les vélos des enfants.

 

4. qui dit gros volumes, dit portions

Equipé d’un beau congélateur d’une taille substantielle, et revenu de l’abattoir à 30 km de là avec 80kg de poitrine d’agneau avec os, 30kg de coeurs de boeuf et 20kg de foie, pas question de poser tout ça tel quel au froid. Au prochain repas de votre chien, quand vous ouvrirez le premier carton d’agneau, vous serez face à un énorme bloc de 10 ou 15kg de viande, dur comme un roc. Si vous le mettez à décongeler, il décongèlera entièrement et supportera mal d’être consommé sur 15 jours de temps, d’autant qu’il faudra alors le stocker… dans le frigo (familial ? ou achèterez-vous aussi un frigo pour le chien ? Voilà une deuxième conversation qui s’annonce intéressante).

Donc, il faut préparer des portions avant de congeler. Comme vous n’allez pas débiter 80kg de viande en blocs d’un kilo à genoux dans le garage, il faudra un espace de travail acceptable. Allons-donc dans la cuisine. Les cuisses de poulet, c’est facile à portionner. On en met une, deux, ou trois dans un sac congélation, on ferme et c’est fini. Mais notre poitrine d’agneau avec os, c’est une autre histoire. Il faut y aller à la hachette, attention les doigts. C’est parti pour 80 morceaux d’un kilo chacun… ou 160 morceaux de 500g pour un chien de 25kg. Il faudra ensuite découper les abats, et bien peser à chaque fois pour garder des portions à peu près cohérentes.

 

Sans oublier la verdure !

Mince, il faut des fruits et légumes broyés, aussi. Dans quoi allez-vous broyer les 5kg de carottes et les 5kg de pommes avec lesquelles vous tiendrez quelques semaines ? Dans le mixer ou le robot ménager familial ? OK. Mais 500g à la fois alors, sinon ça va coincer.

Soyons clair : il y en a pour un après-midi entier. En semaine bien sûr, puisque le week-end les abattoirs sont fermés. Vous le voyez, les inconvénients du BARF sont déjà légion. Et on n’en est pas encore à la moitié.

 

5. confier son chien à quelqu’un d’autre devient plus compliqué

Allez, ça y est, votre viande est débitée en morceaux et soigneusement rangée au congélateur dans des petits sachets. A chaque repas, il suffira de penser à sortir les sachets correspondant au repas du lendemain pour que cela ait le temps de décongeler tranquillement. Pas question en effet de passer la viande au micro-ondes, il risquerait de démarrer une sorte de cuisson des os qui pourrait rendre leur consommation dangereuse.

Vous connaissez par coeur votre programme alimentaire hebdomadaire, aucun souci (dans un prochain épisode, nous aborderons la rotation des ingrédients). On prend vite l’habitude, et c’est là que le BARF est vraiment sympa, quand il n’y a plus qu’à sortir les sachets du congélateur chaque jour et regarder son animal se régaler. Profitez-en !

Par contre, dans trois semaines vous partez en vacances. Vous n’aimez pas l’idée de laisser votre chien en pension, et cela tombe bien car de toute façon aucune pension ne voudra nourrir un chien au BARF. Trop compliqué (voir ci-dessus), trop de responsabilités. Vous avez donc demandé à un ami de venir le nourrir et le sortir chaque jour, ou mandaté pour cela une société de pet-sitting.

 

Il faut anticiper

Il faudra bien sûr vérifier que dans 3 semaines, et pour vos quinze jours d’absence, il y aura tout ce qu’il faut dans le congélateur. Sinon, prévoir un nouveau déplacement à l’abattoir et un après-midi découpe/portionnage.

Restera ensuite à écrire un planning précis pour quinze jours, pour chacun de vos chiens si vous en avez plusieurs, avec le menu quotidien. Combien de sachets de ci, combien de morceaux de ça. Comme votre ami aura peut-être du mal à distinguer une cuisse de poulet congelée dans un sachet, d’un morceau de lapin ou de dinde, il faudra prévoir un « code ». Personnellement, nous avons souvent utilisé les symboles croix, rond, carré et triangle comme sur une console de jeu, ou des chiffres écrits au marqueur sur chaque sachet. C’est qu’au BARF on devient vite un peu maniaque.

En espérant que votre ami supporte les abats sanguinolents et visqueux (tout le monde n’a pas l’âme d’un tripier), ainsi que le nettoyage de la terrasse ou du carrelage de la cuisine (voir ci-dessus).

 

6. partir en expo ou en concours de travail, un casse-tête

Le BARF n’est pas super pratique quand on part 2-3 jours avec son animal pour concourir en beauté ou travail. Un animal habitué au BARF ne voudra pas forcément manger des croquettes pour l’occasion. Il risque donc de ne pas manger, sauf à emmener avec vous une glacière contenant tout ce qu’il faut. Selon la durée du séjour, prévoir des blocs de réfrigération et de quoi les recongeler chaque jour. Ou alors, sur place, prendre chaque jour au supermarché les ingrédients nécessaires. Restera à faire manger le chien dans sa cage de transport ou dans la remorque, car les moquettes des chambres d’hôtel s’accommoderont mal du repas du soir.

 

7. élever des chiots et convaincre les nouveaux propriétaires, pas tout simple

Outre le fait que les petits vont assez rapidement consommer des quantités importantes en plus de vos animaux adultes, il faudra aussi mettre dans le bain leurs nouveaux maîtres qui auront 1000 questions sur le sujet de l’alimentation (en plus des 1000 autres questions qu’ils auront sur tous les sujets). Et donc passer en revue tout ce qui précède pour qu’ils sachent de quoi il retourne. La moitié partira en courant. L’autre moitié s’y mettra pour respecter vos conseils, mais la plupart vous recontacteront quelques semaines plus tard pour vous annoncer qu’ils jettent l’éponge parce que c’est contraignant et peu pratique au quotidien. Et puis leur conjoint ne veut ni un congélateur rien que pour le chien, ni voir dégouliner des abats dans le frigo familial (tiens donc ?).

 

Une parole d’expérience

Voilà, c’est dit aussi, c’est du 100% vécu… Sept à huit ans de BARF pour nourrir jusqu’à une demi-douzaine de Rottweilers et un Bullmastiff (ainsi que des chiots une fois par an), ont représenté :

  • 15 tonnes de viande fraîche
  • 1 tonne d’abats
  • 9 tonnes de fruits et légumes patiemment broyés
  • Le tout soigneusement conditionné dans des milliers de sachets congélation.
  • Un nombre incalculable d’heures et de kilomètres pour s’occuper de tout ça.

Le BARF a donc de nombreux avantages pour votre animal comme évoqué dans notre Episode 2. Mais quand on pense à s’y mettre, il faut aussi penser aux contraintes, difficultés et inconvénients ci-dessus. Et bien mesurer dans quoi l’on s’engage ! D’autant qu’il peut être difficile de remettre aux croquettes un animal qui a été habitué au BARF.

 

Gare aux carences !

Par ailleurs, de toutes les difficultés ci-dessus découle le risque le plus important d’un passage au BARF. Au fil du temps, il devient trop compliqué de faire exactement ce qu’il faudrait. Beaucoup de maîtres dérivent vers un « pseudo-BARF », basé sur les ingrédients les plus faciles à se procurer ou à découper… Et ils déséquilibrent progressivement l’ensemble du régime alimentaire. C’est très souvent ce qui rend les vétérinaires sceptiques quand on leur parle de BARF. Ils voient revenir en consultation les animaux dont les maîtres avaient annoncé haut et fort leur passage au BARF quelques mois plus tôt, et qui présentent des soucis de santé liés à des excès et carences.

Mais quand on est déterminé à faire ce qu’il y a de mieux pour son animal, on ne recule devant (presque) rien ! Dans notre prochain épisode, nous passerons donc en revue les ingrédients de base pour se lancer dans l’aventure.